Les 7 types de projets qui renforcent votre position sur les marchés publics

En bref
  • Le Label Bas-Carbone (LBC), créé en 2018 par le ministère de la Transition écologique, permet depuis 2019 d'acheter des crédits carbone issus de projets réalisés sur le territoire français, avec traçabilité publique.
  • Fin 2025, la France comptait près de 2 000 projets labellisés, représentant plus de 7 millions de tonnes de CO2 équivalent évitées ou séquestrées, majoritairement en agriculture et en forêt.
  • Pour une PME répondant à des marchés publics ou soumise au reporting CSRD, choisir un projet français labellisé plutôt qu'un crédit international non traçable est un argument de crédibilité, pas seulement un geste climatique.
  • Sept familles de projets existent en France : forêt, agriculture, méthanisation, rénovation bas-carbone du bâtiment, captation technologique (biochar), et le nouveau cadre européen CRCF qui vient compléter le dispositif national.

Un acheteur public qui évalue une offre sur ses critères RSE, un client grand compte qui demande votre trajectoire carbone dans son appel d'offres, un auditeur CSRD qui exige la traçabilité de vos crédits : la compensation carbone n'est plus un sujet réservé aux directions développement durable des grands groupes. C'est devenu, pour une PME du BTP ou de l'industrie, un point de preuve dans un dossier de candidature — au même titre qu'une certification qualité ou une référence chantier.

Encore faut-il savoir de quoi on parle. Tous les projets de compensation ne se valent pas aux yeux d'un évaluateur : un crédit forestier brésilien non vérifiable n'a pas le même poids qu'un projet français inscrit sur un registre public d'État. Voici les sept familles de projets disponibles en France, et ce qu'elles apportent réellement à votre dossier — que vous soyez la PME qui répond ou l'acheteur qui évalue.

Ce sujet s'articule directement avec vos obligations de reporting Scope 1-2-3 dans le cadre de la CSRD, ainsi qu'avec les exigences de traçabilité couvertes par la norme ISO 14060 pour les évaluateurs de marchés publics.

Pourquoi la compensation carbone devient un critère de sélection, pas un supplément d'âme

Trois évolutions rendent ce sujet concret pour les PME françaises :

  • Les marchés publics intègrent des critères carbone. Le poids du critère environnemental dans la notation des offres augmente, et les acheteurs demandent de plus en plus une justification sourcée plutôt qu'une déclaration d'intention.
  • La CSRD impose la traçabilité. Une entreprise soumise à la CSRD doit désormais documenter séparément le type de projet, le registre, le millésime et le standard de tout crédit carbone utilisé, un crédit opaque devient un risque d'audit.
  • Les crédits français gagnent en légitimité. La réforme du Label Bas-Carbone de septembre 2025 a transformé les réductions d'émissions en crédits carbone cessibles et tracés dans un registre public, rendant le dispositif directement compatible avec les obligations de reporting CSRD.

Concrètement : dans un dossier d'appel d'offres, mentionner un projet LBC vérifiable pèse plus lourd qu'une ligne « compensation carbone » sans justificatif.

Le Label Bas-Carbone (LBC), la référence française

Avant 2018, une entreprise française qui voulait compenser ses émissions finançait presque systématiquement des projets à l'étranger, reforestation au Brésil, cuisinières propres en Afrique, parcs éoliens en Asie. Le Label Bas-Carbone a changé la donne en créant un cadre de certification climatique volontaire piloté par l'État, avec une méthode approuvée par le ministère pour chaque type de projet et une publication systématique de la documentation.

Le dispositif a connu une croissance rapide : environ 2,8 millions de tonnes de CO2 équivalent potentielles ont été validées en 2024, soit le double de 2023. À titre d'illustration régionale, la DREAL Grand Est recense 168 projets labellisés et 445 sous-projets sur son territoire au 1er janvier 2026, pour environ 875 300 crédits carbone estimés, une donnée utile si vous cherchez un projet de proximité pour votre communication.

Les sept familles de projets disponibles en France

1. Projets forestiers

Boisement, reboisement de parcelles dégradées, amélioration de la gestion forestière, plantation de haies bocagères : ces méthodes, pilotées notamment par le Centre national de la propriété forestière, restent la catégorie la plus représentée dans le dispositif LBC. Elles exigent une additionnalité démontrée (terrain non planté depuis 10 ans) et un engagement de non-coupe sur 30 ans, un horizon à mentionner si vous valorisez ce type de projet auprès d'un acheteur exigeant.

2. Projets agricoles

Plusieurs méthodes labellisées couvrent l'agriculture : la méthode « CarbonAgri » pour l'élevage, « grandes cultures », plantation de vergers, haies agricoles, optimisation des intrants, ou encore réduction des émissions de méthane entérique. Ce sont des projets fréquemment collectifs, regroupant des dizaines voire des centaines d'exploitations, un point de différenciation utile face aux projets forestiers, le plus souvent portés individuellement.

3. Méthanisation et gestion des effluents

La valorisation du biogaz issu des effluents d'élevage ou des déchets organiques réduit les émissions de méthane, un gaz à fort pouvoir de réchauffement. Pour une PME du secteur agroalimentaire ou de la gestion des déchets, ce type de projet a l'avantage de recouper directement votre propre activité, un argument de cohérence plutôt qu'un achat de crédit déconnecté de votre métier.

4. Rénovation énergétique et bâtiment bas-carbone

C'est la catégorie la plus directement pertinente pour les acteurs du BTP : des méthodologies dédiées existent pour la rénovation énergétique et l'usage de matériaux biosourcés. Pour une entreprise de construction ou un bureau d'études, financer ou piloter ce type de projet permet d'aligner sa stratégie carbone avec son cœur de métier plutôt que de compenser via un secteur totalement étranger à son activité, un point que les acheteurs publics savent reconnaître dans une offre.

5. Captation et stockage technologique (biochar)

Le biochar, carbone stabilisé issu de la pyrolyse de matière organique et incorporé aux sols, figure parmi les technologies de captation les plus matures à l'échelle mondiale et commence à se structurer en France. C'est une catégorie à surveiller plutôt qu'à mobiliser immédiatement pour une PME, les volumes disponibles restant limités.

6. Le cadre européen CRCF, en complément du LBC

Le règlement européen CRCF (Carbon Removal and Carbon Farming) vise un marché de crédits à l'échelle de l'Union, et non uniquement national. Les méthodologies européennes sont encore en cours de finalisation, mais un projet certifié CRCF pourrait à terme attirer des financeurs dans plusieurs pays, un point de veille pour les PME qui exportent ou répondent à des marchés publics transfrontaliers.

7. Crédits internationaux : à quel moment y recourir

Les standards internationaux (VCS, Gold Standard) restent pertinents pour des volumes importants ou des secteurs non couverts en France. Mais pour un dossier destiné à un acheteur public français, un crédit LBC apporte un avantage de traçabilité et de proximité qu'un crédit international générique ne peut pas égaler, un critère à trancher en fonction du destinataire de votre argumentaire, pas uniquement du prix.

Où trouver concrètement ces projets

Pour une PME, l'obstacle n'est pas de comprendre les catégories de projets mais d'y accéder sans y consacrer un temps disproportionné. Plusieurs plateformes françaises structurent aujourd'hui des portefeuilles de projets certifiés et accompagnent les entreprises dans le choix d'un projet cohérent avec leur secteur d'activité. C'est le cas par exemple de Carbonapp, société à mission basée à Rennes et Paris, qui met en relation porteurs de projets et entreprises contributrices sur plusieurs standards — Label Bas-Carbone, mais aussi Rainbow Standard, Puro.Earth ou CSI pour les projets à l'international. Ce type d'intermédiaire peut simplifier la sélection d'un projet, mais ne dispense pas de vérifier vous-même la traçabilité du registre et la cohérence avec votre propre trajectoire de réduction avant de le valoriser dans une offre.

Ce qu'un acheteur public ou un client regarde réellement

Avant de valoriser un projet de compensation dans une offre, vérifiez que vous pouvez répondre à ces quatre questions — ce sont celles qu'un évaluateur ou un auditeur CSRD posera :

  • Le projet est-il inscrit sur un registre public consultable (registre LBC, registre européen à venir) ?
  • La méthode utilisée est-elle approuvée par le ministère et publiée ?
  • La compensation intervient-elle après une démarche de réduction documentée (Scope 1-2-3), ou en remplace-t-elle une ?
  • Le millésime, le standard et le type de projet sont-ils disclosés séparément de vos réductions opérationnelles, comme l'exige l'ESRS E1 de la CSRD ?

Un projet qui coche ces quatre cases se défend en soutenance d'offre. Un projet qui n'en coche aucune expose votre dossier à une contestation — ou pire, votre entreprise à un risque de greenwashing dans un rapport CSRD publié.

Compensation ne veut pas dire substitution

Dernier point de vigilance, souvent mal compris par les PME qui découvrent le sujet : la compensation carbone n'a de valeur, aux yeux d'un acheteur averti ou d'un auditeur, que si elle intervient après une démarche de réduction réelle de vos propres émissions. Une offre qui affiche uniquement des crédits achetés, sans plan de réduction sous-jacent, est aujourd'hui identifiée sans difficulté par les grilles d'évaluation les plus récentes.

Besoin d'intégrer une stratégie carbone crédible dans votre prochaine réponse à marché public ?
L'équipe lab-ib.com vous aide à identifier les projets pertinents pour votre secteur et à formuler l'argumentaire qui convainc les évaluateurs. Contactez-nous.